
On le savait : les étrangers en France sont otages d’une dématérialisation low-cost qui complique déjà leurs démarches au quotidien. Mais personne n’imaginait que l’État puisse centraliser ainsi leurs données personnelles sans jamais les protéger sérieusement.
L’ANEF (Administration numérique pour les étrangers en France), cœur numérique des procédures de séjour, d’autorisation de travail ou de naturalisation, est restée hors ligne plusieurs jours sous couvert d’une banale « maintenance ». La réalité ? Une fuite massive revendiquée sur BreachForums : 2,1 millions de dossiers exfiltrés, avec noms, prénoms, adresses, numéros de téléphone et détails des titres de séjour offerts à la voracité des pirates. Qui pourront aisément se faire passer pour l’administration (par exemple) pour extorquer de l’argent à un public on ne peut plus vulnérable.
Pourtant, aucune prise de parole officielle du ministère de l’Intérieur pour assumer la brèche ou en révéler l’ampleur. Alors qu’en décembre, le ministre avait réagi après le piratage, de bien moins grande ampleur, du fichier Traitement des Antécédents Judiciaires. L’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration), lui, désigne un sous-traitant « sanctionné » pour se dédouaner, mais n’a pas pour autant prévenu les premiers concernés.
La protection des données serait-elle seulement réservée à celles et ceux munis d’une carte nationale d’identité française ?
