
Le procès de l’accusé, un adolescent de quinze ans, pour le meurtre d’un chauffeur VTC à Marseille, a fourni une nouvelle occasion d’attaques en règle contre une justice des mineurs accusée de tous les maux. À commencer par Bruno Retailleau, nouveau candidat à la présidentielle, qui s’est écrié : « Notre justice des mineurs est totalement inadaptée. » Gérald Darmanin, son ancien collègue du gouvernement, actuel ministre de la Justice et possible rival dans la course à la magistrature suprême, ambitionne quant à lui de mettre fin à l’excuse de minorité au motif – éculé – que « les mineurs d’aujourd’hui ne sont plus ceux de 1945. »
Rien de nouveau, donc, chez des politiques qui n’ont de cesse d’invoquer une prétendue explosion de la violence des mineurs, qu’ils imputent en partie à une justice prétendument laxiste. Qu’en est-il exactement ? Les chiffres et la réalité sont – sans surprise – autrement nuancés que les slogans.
Comme l’a rappelé Le Monde dans un article documenté, les statistiques sur la délinquance juvénile n’ont fait leur apparition que tardivement dans le paysage français : pendant longtemps, personne ne semblait soucieux de mesurer précisément ce phénomène. Pour des raisons de fiabilité, le service statistique du ministère de l’Intérieur ne se risque d’ailleurs pas à donner de chiffres antérieurs à 2016. Or, depuis cette date, la tendance est à la baisse : la part des mineurs parmi les mis en cause est passée de étaient 17% en 2016 à 12% en 2024. Les chiffres de la Justice font état d’un recul plus marqué encore : -25% depuis 2016.
La véritable inquiétude réside en revanche dans l’augmentation, réelle, de l’implication des mineurs dans les faits criminels, c’est-à-dire les plus graves – et les plus médiatisés. Ainsi, le nombre de mineurs mis en cause dans des affaires d’homicides est passé de 34 en 2016 à 121 en 2025, et de 207 à 464 pour les tentatives d’homicide.
La faute à une justice laxiste ? Les chiffres disent pourtant le contraire : la peine de prison est aujourd’hui la sanction la plus fréquemment prononcée (environ 35% des cas contre 10% en 1952), et sa durée moyenne ne cesse d’augmenter : 5,5 mois en 2010, contre 9 mois en 2020). Il en va de même pour la détention provisoire, dont la durée moyenne atteignait 7,7 mois en 2020, contre moins de 4 mois entre 2005 et 2011.
Reste une question récurrente : les mineurs d’aujourd’hui sont-ils différents de ceux de 1945 ? Aucune donnée scientifique n’a jamais permis de conclure qu’ils seraient devenus plus « adultes », ce qui justifierait la suppression de l’excuse de minorité, souvent présentée comme un privilège. C’est même plutôt l’inverse : les neurosciences montrent que le cerveau humain continue à mûrir bien au-delà de la majorité, même après 25 ans.
