Jeunes et discriminations : le constat sévère du Défenseur des droits

 

 

Dans un rapport publié le 26 février 2026, le Défenseur des droits met en lumière l’ampleur des discriminations fondées sur l’origine subies par les jeunes en France. L’institution décrit un phénomène « systémique », qui affecte l’ensemble des parcours de vie et compromet l’égalité des chances.

 

L’étude, consacrée aux 15-26 ans, montre que ces discriminations interviennent dès la formation initiale et se prolongent dans l’accès à l’emploi. Difficultés à obtenir un stage, biais à l’embauche, obstacles dans l’accès à l’alternance : les jeunes perçus comme issus de l’immigration sont particulièrement exposés. Le logement constitue un autre point de blocage majeur, avec des effets directs sur l’insertion sociale et professionnelle. À ces obstacles s’ajoutent des inégalités dans l’accès aux soins et à certains services publics, renforçant un sentiment d’exclusion.

 

Mais c’est dans les relations avec les forces de sécurité que ces discriminations apparaissent avec le plus d’acuité. Les données rassemblées confirment l’ampleur des contrôles d’identité discriminatoires. Les jeunes hommes perçus comme noirs, arabes ou maghrébins sont particulièrement exposés. Selon une enquête citée, ils ont quatre fois plus de risques d’être contrôlés que le reste de la population, douze fois plus de faire l’objet de contrôles approfondis – incluant fouilles, palpations ou conduites au poste – et deux fois plus de subir des comportements jugés inappropriés, tels que le tutoiement, les provocations ou des formes de brutalité.

 

Ces contrôles sont également plus fréquents et répétitifs. Là où 12 % des personnes perçues comme blanches déclarent avoir été contrôlées plusieurs fois au cours des cinq dernières années, cette proportion atteint 28 % pour celles perçues comme noires, arabes ou maghrébines. Pour nombre de jeunes vivant dans des quartiers populaires, ces interactions commencent dès l’adolescence, parfois dès 14 ans, et deviennent une expérience ordinaire.

 

Le rapport met aussi en lumière un phénomène de multi-verbalisation, en forte progression depuis la seconde moitié des années 2010. Cette pratique consiste à multiplier les amendes pour des infractions liées à l’usage de l’espace public – attroupements, stationnement, infractions routières ou, plus récemment, non-respect des règles sanitaires. Elle touche de manière disproportionnée des jeunes hommes précaires et perçus comme non blancs.

 

Ces verbalisations répétées peuvent entraîner de lourdes conséquences. Certaines situations évoquées dans le rapport font état de dettes atteignant plusieurs dizaines de milliers d’euros. Elles contribuent à enfermer les jeunes concernés dans des logiques d’exclusion, les incitant parfois à se détourner de l’emploi déclaré ou à développer des activités informelles pour échapper aux prélèvements.

 

Une étude mentionnée souligne que ces pratiques s’inscrivent dans des dynamiques plus larges de transformation urbaine, marquées par des logiques d’éviction des populations précaires. L’usage, dans certains outils policiers, de catégories telles que « évictions d’indésirables » est pointé comme révélateur de ces logiques. Le Défenseur des droits recommande la suppression de ce type de terminologie.

 

Au-delà des contrôles et des amendes, le rapport décrit des relations globalement dégradées avec les forces de l’ordre. Les témoignages recueillis évoquent des interactions perçues comme humiliantes, marquées par un manque d’explication ou un soupçon généralisé.

 

Ces expériences contribuent à nourrir une défiance réciproque. Les jeunes concernés développent une méfiance vis-à-vis des institutions policières, renoncent à déposer plainte, tandis que les forces de l’ordre peuvent, en retour, adopter des pratiques de contrôle renforcé dans certains territoires.

 

Le rapport insiste sur ce cercle vicieux où les discriminations perçues alimentent la distance entre police et population, au détriment de l’efficacité même de l’action publique. Dans ce contexte, le développement de l’amende forfaitaire délictuelle suscite des inquiétudes. L’institution estime que ce dispositif laisse une marge d’appréciation trop importante aux forces de l’ordre et complique l’exercice effectif des droits, notamment la possibilité de contester une sanction. Elle recommande d’y mettre fin ou, à défaut, d’en encadrer strictement l’usage.

 

Plus largement, le rapport insiste sur le caractère cumulatif de ces discriminations. Elles ralentissent les trajectoires, accentuent les inégalités sociales et altèrent le sentiment d’appartenance.

 

Face à ces constats, le Défenseur des droits appelle à une réponse publique d’ampleur. Il recommande notamment de mieux mesurer les discriminations, de renforcer les contrôles et les sanctions, de former les professionnels et d’améliorer l’accompagnement des victimes. S’agissant des pratiques policières, il préconise un encadrement renforcé des contrôles d’identité, le développement de leur traçabilité, ainsi qu’un renforcement des mécanismes de contrôle et de formation, ces recommandations ne visant pas à remettre en cause l’action des forces de sécurité, mais à en améliorer la légitimité et l’efficacité.

 

L’enjeu dépasse ainsi la seule question des discriminations : il touche à la confiance dans les institutions et, plus largement, à la cohésion sociale. En attendant,  rappelons la mise à disposition d’un numéro gratuit : le 3928, permettant aux victimes ou témoins de discriminations d’obtenir des informations, un accompagnement et, le cas échéant, un suivi de leur situation.

 

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