Instants d’audience / Brèves de prétoire

 

 

Cour d’assises d’Eure-et-Loir

La petite fille, dix ans, est appelée à la barre. Elle dit simplement : « Bonjour. Ma maman me manque beaucoup. C’était une super maman. Je sais pas quoi dire d’autre ».

Pour la mettre en confiance, la présidente, d’un certain âge, enchaîne les questions : « Tu as quel âge ? En quelle classe es-tu ? Tu aimes les maths… ? »

L’enfant répond à chacune, polie et concentrée.

Puis la présidente poursuit :

– Tu es une très jolie petite fille, tu sais.

– Merci. Vous aussi.

 

 

Tribunal judiciaire, audience de comparution immédiate

Le tribunal est saisi d’un lourd dossier qui a déjà fait l’objet d’un renvoi en décembre. Quatre prévenus sont concernés, dont trois sont détenus. Le dossier devait être examiné en début d’audience explique le président, mais l’escorte en a décidé autrement : elle a pris en charge un autre comparant détenu. Or l’escorte n’a pas les moyens d’emmener tous les prisonniers en une fois. Il faut donc juger le premier comparant, le ramener à la prison, puis revenir chercher les trois autres.

 

Une heure passe. Un avocat s’agace.

Un gendarme de l’escorte lui répond : « Écoutez, Maître, de toute façon, vos clients ne seront pas jugés aujourd’hui. Ils vont être renvoyés à l’instruction pour être mis en examen. Ça va durer une plomb et on va y passer la soirée… C’est pour ça qu’on ne voulait pas les prendre en charge en premier. »

 

L’avocat sursaute, demande des explications au tribunal.

Qui finit par concéder :

« Il est envisagé un renvoi à l’instruction mais rien n’est décidé Maître, évidemment. »

 

Deux heures plus tard, les trois prévenus se lèvent dans le box. Le quatrième s’accroche à la barre :

« Le tribunal ! »

 

Le Président vérifie l’identité des quatre prévenus, donne la parole au parquet qui considère – ô ! surprise – que le dossier n’est pas en état d’être jugé et qu’un renvoi à l’instruction s’impose. Les avocats s’indignent : le parquet a l’opportunité des poursuites. et a décidé de cette audience en toute connaissance de cause deux mois plus tôt. Pourquoi changer d’avis aujourd’hui ? Surtout : comment l’escorte pouvait-elle être informée d’un délibéré à venir ?

 

Après quelques minutes, le tribunal renvoie le parquet à mieux se pourvoir.

Les prévenus seront mis en examen tard dans la soirée.

Il suffisait de demander à l’escorte.

 

Abonnement à la newsletter

En cliquant ci-dessous sur "Je m'abonne", j'accepte que Avocats Anonymes collecte et traite mes données personnelles (notamment mon adresse email) dans le but de m'envoyer des communications et des actualités. Je comprends que je peux retirer mon consentement à tout moment en utilisant le lien de désabonnement présent dans chaque email. Pour plus d'informations, consulter notre politique de confidentialité.

Retour en haut