
Le 2 janvier 2026, la DGEF (Direction générale des Étrangers de France) a publié les chiffres provisoires de l’immigration pour 2025. Très vite, certains éditorialistes et responsables politiques ont dénoncé une prétendue « explosion démographique », empilant des statistiques hors de tout contexte et taisant des éléments contraires au récit qu’ils souhaitent installer et conforter – tels que l’augmentation des éloignements ou la baisse de l’immigration économique. Ils oublient aussi que toutes les formes d’immigration ne se confondent pas : l’asile n’est pas l’immigration professionnelle, l’immigration familiale n’est pas le séjour étudiant. Ce sont des réalités distinctes, qui concernent avant tout des vies humaines.
Ce que montrent réellement les chiffres
Du côté de l’asile, les titres délivrés au titre d’une protection internationale progressent de 11 %. Mais cette hausse reflète surtout le retard pris par les préfectures dans la délivrance des titres – ces premières délivrances concernant souvent des personnes protégées en 2024, voire en 2023.
En revanche, les demandes d’asile enregistrées en GUDA (Guichet unique des Demandeurs d’Asile, première étape pour déposer une demande) baissent de 10,3 % par rapport à 2024 : le nombre de nouvelles demandes recule donc en France.
La hausse des premiers titres de séjour s’explique également en grande partie par celle des titres délivrés aux étudiants étrangers, parmi lesquels 8 300 viennent de Chine et 8 000 des États‑Unis. Loin du cliché entretenu à dessein par certains, il s’agit donc de jeunes venus étudier, chercher, expérimenter – et qui repartiront, pour la plus grande part, une fois leur cursus terminé. Notons au passage que leur contribution (universitaire, scientifique, économique) est systématiquement gommée dans le débat public.
Effets différés de la loi Darmanin et de la circulaire Retailleau
Les admissions exceptionnelles au séjour baissent d’environ 10% alors qu’on commence seulement à mesurer les effets de la loi Darmanin et de la circulaire Retailleau, puisque les préfectures elles-mêmes affichent des délais d’instruction de dix-huit mois sur leurs sites. La plupart des dossiers déposés depuis la circulaire n’ont donc pas encore été examinés, et l’on peut penser que cette baisse se poursuivra.
Paradoxalement, les titres de séjour délivrés pour motifs économiques reculent de 12,6 %, alors que le discours gouvernemental affirme promouvoir « l’immigration de travail ». Pendant que d’autres pays, tels que l’Espagne, ou même l’Italie de Giorgia Meloni, choisissent de régulariser des travailleurs étrangers pour répondre à des besoins économiques et sociaux, la France semble s’en priver.
Une lectures alternative des mêmes données
Les mêmes chiffres pourraient inspirer une tout autre interprétation. On pourrait relever la baisse des naturalisations par décret ou par déclaration (mariage, ascendants de Français, etc.) : elles reculent de 6 à 7 % par rapport à 2024. Mais ce récit cadre mal avec l’idée d’un État prétendument laxiste.
De même, on pourrait rappeler que les éloignements forcés ont bondi de 21 %, et les interpellations de personnes en situation irrégulière de plus de 30 %. Des chiffres qui traduisent, au-delà des discours, un durcissement avéré des politiques migratoires.
Ce chiffre est d’autant plus préoccupant que la Défenseure des droits, Claire Hédon, alerte sur la manière dont les personnes étrangères sont traitées, en particulier en centre de rétention. Elle mentionne notamment le recours à des dispositifs d’isolement non-encadré, l’usage disproportionné de la force, et des atteintes manifestes à la dignité.
Des chiffres artificiellement gonflés
Dernier point aveugle des chiffres : lorsqu’une personne ne parvient pas à renouveler son titre, faute de rendez‑vous ou de réponse de la préfecture, elle est provisoirement considérée en situation irrégulière. Lorsqu’elle régularise enfin sa situation, la procédure est enregistrée comme « première demande », ce qui augmente mécaniquement le total des nouveaux titres sans refléter une réelle arrivée.
En résumé, loin des discours sur une supposée explosion de l’immigration, une analyse froide des chiffres montre une tout autre réalité : l’histoire d’un pays qui expulse davantage, qui naturalise moins, qui freine l’immigration de travail tout en dépendant structurellement de travailleurs étrangers, et qui laisse s’allonger les files d’attente en préfecture. Surtout, derrière chaque chiffre, il y a un visage, une histoire et des droits. Le reconnaître et l’accepter est la première des conditions pour garantir l’intégration que nos actuels et anciens ministres de l’Intérieur présentent comme une priorité absolue.
